En octobre 2025, à 83 ans, Olivier Mazerolle était sur le plateau de CNews pour appeler ses confrères à refuser d’être « les complices involontaires du Guignol politicien ». Soixante-cinq ans de carrière, cinq livres, trois grandes rédactions dirigées, et la voix reste la même. Portrait d’un autodidacte qui a traversé toute la Ve République depuis les bancs des tribunaux.
Sommaire
Dix-sept ans, aucun diplôme, et les procès des généraux putschistes
Né le 28 octobre 1942 à Marseille, Olivier Mazerolle commence sa carrière de journaliste en 1959, à 17 ans, comme assistant d’un chroniqueur judiciaire au Figaro. Aucune école de journalisme. Aucun cursus universitaire.
Entre 1961 et 1962, en freelance, il couvre les procès des généraux putschistes Challe, Zeller et Jouhaud, les officiers qui avaient tenté de renverser de Gaulle lors du putsch d’Alger. Son tout premier terrain : un procès politique majeur de la République.
En 1965, il entre à Europe 1 comme chroniqueur judiciaire. Dès son arrivée, il couvre l’affaire Ben Barka, la disparition du leader de l’opposition marocaine à Paris. En 1968, il est l’un des rares journalistes radio à commenter Mai 68 en direct pour la station.
RMC, puis RTL : vingt ans au sommet de la radio politique
Après Europe 1, il rejoint RMC. Chef du service Étranger en 1973, rédacteur en chef adjoint en 1977. Sur le terrain, il couvre la mort de Franco en 1975, la visite d’Anouar el-Sadate à Jérusalem en 1977, et l’intervention militaire syrienne à Beyrouth en 1978.
En 1980, il entre à RTL pour y rester vingt et un ans. Directeur de l’information à partir de 1986, directeur général adjoint en mars 2000. De 1993 à 2001, il co-présente le Grand Jury RTL-Le Monde-LCI, rendez-vous politique dominical de référence. C’est sur ce plateau que Jean-Marie Le Pen prononce sa phrase sur le « point de détail de l’Histoire » concernant les chambres à gaz.
En 1994, Jacques Delors, alors grand favori de la présidentielle de 1995, lui confie en privé qu’il ne sera pas candidat. Mazerolle honore l’embargo. Il prévient seulement ses rédacteurs de mettre le conditionnel quand ils parlent de Delors. La déclaration publique n’interviendra que bien plus tard sur le plateau de 7 sur 7.
France 2 : les records d’audience, l’affaire Baudis et la démission Juppé
Le 26 mars 2001, Mazerolle prend la direction de l’information de France 2, chargé de redresser des journaux en perte de vitesse. Il recrute aussitôt David Pujadas, alors à LCI, pour présenter le 20h. L’écart avec TF1 se réduit.
En septembre 2002, il lance « 100 minutes pour convaincre », émission politique mensuelle en prime time. Le premier numéro avec le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin attire 5 millions de téléspectateurs. Le record tombe en décembre 2003 : 7,7 millions de téléspectateurs pour un face-à-face Nicolas Sarkozy / Jean-Marie Le Pen.
Mais ces années à France 2 laissent aussi deux épisodes qui marqueront durablement son bilan.
L’affaire Baudis (2003). En plein emballement médiatique autour des accusations portées contre l’ancien maire de Toulouse et président du CSA Dominique Baudis, France 2 diffuse des témoignages non vérifiés. Dans son livre Face à la calomnie (Fixot, 2005), Baudis rapporte que c’est Mazerolle en personne qui l’appelle pour lui annoncer la diffusion d’une interview à charge. Baudis sera totalement innocenté par la justice en 2005.
L’affaire Juppé (février 2004). Le 3 février, sur instruction de Mazerolle, David Pujadas annonce en direct le retrait politique d’Alain Juppé, condamné quelques jours plus tôt dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Au même moment, sur TF1, Juppé dit le contraire. La rédaction vote une motion de défiance à 67,4% contre Mazerolle. Le 11 février 2004, les larmes aux yeux, il démissionne de son poste de directeur de l’information. Arlette Chabot lui succède.
BFM TV, La Provence, RTL : trois rebonds après France 2
Le 28 novembre 2005, il participe au lancement de BFM TV sur la TNT et en présente le 20h dès le premier soir. En novembre 2010, il scoop la composition du gouvernement François Fillon (3) une heure et demie avant son officialisation.
En 2013, Bernard Tapie le recrute comme directeur de la rédaction de La Provence. La collaboration tourne court : en mars 2014, Tapie l’attaque publiquement, lui reprochant une couverture trop favorable à son rival politique Patrick Mennucci pendant les municipales de Marseille. Mazerolle quitte la direction en octobre 2014.
Retour à RTL à l’été 2015 pour assurer l’interview politique matinale à 7h50. Le 3 septembre 2015, dix jours après son retour à l’antenne, il reçoit la nouvelle ministre du Travail Myriam El Khomri et ouvre l’entretien sur ses origines marocaines et son nom de jeune fille, sans aborder son portefeuille. L’indignation est immédiate. Sur le plateau de C à Vous, Mazerolle se défend : la ministre insistait elle-même sur sa double ascendance dans ses portraits publics. Il présente ensuite le Grand Jury RTL jusqu’en septembre 2017, date à laquelle Benjamin Sportouch lui succède.
Cinq livres, dont un premier roman que presque personne ne cite
Sa biographie mentionne généralement Crime et abandon comme son passage à la fiction. C’est inexact. Mazerolle publie son premier roman en 1989, Une nuit d’autrefois. Sa bibliographie complète compte cinq ouvrages :
- 1989 : Une nuit d’autrefois (roman)
- 2010 : Baffer n’est pas juger, entretien avec le juge Jean-Pierre Rosenczveig
- 2012 : Vue imprenable sur la campagne présidentielle (Hugo & Cie)
- 2020 : La curiosité est un défaut impardonnable (L’Archipel), mémoires sur soixante ans de métier
- 24 avril 2025 : Crime et abandon (Balland), roman situé dans le Comtat Venaissin, centré sur un vigneron provençal et sa famille, sur fond de préjugés raciaux et de tensions sociales
À 83 ans, le journaliste politique Olivier Mazerolle cumule ce que peu de ses confrères ont réussi à tenir aussi longtemps : reporter de terrain, directeur de rédaction, présentateur, éditorialiste et romancier. Son parcours, entamé sans diplôme dans les couloirs des tribunaux en 1959, reste l’un des plus singuliers de l’histoire du journalisme français.

