En mars 2026, Laure Manaudou danse chaque semaine sur le plateau de TF1 dans Danse avec les Stars. Deux ans plus tôt, son frère Florent portait le drapeau tricolore à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, avant de décrocher le bronze sur 50 m nage libre sous les yeux d’une France entière. La famille Manaudou est au cœur du sport français depuis plus de vingt ans. Derrière tout ce palmarès, il y a une femme que très peu de Français pourraient nommer : Olga Schippers, Néerlandaise originaire de Rotterdam, arrivée en France à la fin des années 1970, et mère des deux nageurs les plus médaillés de l’histoire olympique française.
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Une Néerlandaise de Rotterdam, sportive dans l’âme
Avant de s’installer en France, Olga Schippers grandit à Rotterdam, aux Pays-Bas. Elle pratique régulièrement le badminton dans les clubs locaux, dans un environnement sportif ouvert et communautaire, typique des associations néerlandaises de l’époque. Le sport n’est pas une activité secondaire pour elle. C’est une habitude, un réflexe, une part de sa vie quotidienne.
Cette dimension de sa personnalité aura une influence directe sur la manière dont elle élèvera ses enfants, des années plus tard, dans l’Ain.
Cap Fréhel, juillet 1975 : une rencontre sur une plage bretonne
Chaque été depuis des années, Jean-Luc Manaudou passe ses vacances dans le même camping sauvage en Bretagne, près du Cap Fréhel. À la fin du mois de juillet 1975, alors qu’il a 17 ans, il y rencontre Olga Schippers.
Le printemps suivant, Jean-Luc fait le voyage jusqu’à Rotterdam pour lui rendre visite. Les deux jeunes gens entretiennent ensuite une longue correspondance, bien avant l’époque des messages instantanés et des réseaux sociaux. Les lettres s’accumulent, la relation s’ancre.
En décembre 1978, Olga Schippers prend la décision de quitter les Pays-Bas. Elle rejoint Jean-Luc à Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise. Elle a alors environ une vingtaine d’années et laisse derrière elle tout ce qu’elle connaît.
Le badminton qu’elle a laissé derrière elle
À Rotterdam, le badminton se pratiquait dans un milieu accueillant, accessible, ancré dans la vie sociale des quartiers. Dans la région lyonnaise à la fin des années 1970, l’ambiance était différente. Les cercles du badminton y étaient fermés, réservés, peu ouverts aux nouveaux arrivants.
Olga Schippers abandonne son sport. Elle ne retrouvera jamais le contexte sportif qu’elle avait connu aux Pays-Bas.
Cela ne signifie pas que le sport disparaît de la maison. Jean-Luc joue au handball au poste d’arrière-gauche au club de Vaulx-en-Velin, en Nationale 3 dans les années 1980. Le sport reste présent, valorisé, normal. Et cette normalité, les enfants vont la porter bien plus loin que leurs parents ne l’auraient imaginé.
Ambérieu-en-Bugey : une maison, quatre enfants, un choix
La famille s’installe à Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain. C’est là que naissent et grandissent les quatre enfants :
| Enfant | Date de naissance | Parcours |
|---|---|---|
| Nicolas Manaudou | 9 octobre 1985 | Nageur, entraîneur professionnel |
| Laure Manaudou | 9 octobre 1986 | Championne olympique 2004 |
| David Manaudou | non publié | Vie privée |
| Florent Manaudou | 12 novembre 1990 | Champion olympique 2012 |
Dès l’âge de quatre ans, les enfants sont inscrits à la natation. À six ans, Laure intègre le club local d’Ambérieu-en-Bugey, où elle s’entraîne jusqu’à ses 14 ans. Ce choix précoce, fait par deux parents sportifs qui savent ce que la discipline apporte à un enfant, change la trajectoire de toute une famille.
Le départ de Laure à 14 ans
En 2000, l’entraîneur Philippe Lucas repère Laure et convainc ses parents de la laisser partir à Melun pour intégrer un programme d’entraînement intensif. Olga Schippers et Jean-Luc Manaudou acceptent cette séparation alors que leur fille n’a que 14 ans.
Florent Manaudou a évoqué ce sujet des années plus tard, regrettant de ne pas avoir partagé davantage de moments en famille dans son enfance, sa grande sœur étant partie très tôt. C’est l’une des faces cachées de cette histoire : celle d’une mère qui a laissé partir son enfant parce qu’elle savait, avant tout le monde, que c’était la bonne décision.
Ce que la famille Manaudou a accompli
Laure Manaudou : l’or historique d’Athènes
En 2004, à 17 ans, Laure remporte la médaille d’or du 400 m nage libre aux Jeux olympiques d’Athènes. C’est la première médaille d’or olympique en natation jamais remportée par une femme française, et la première pour la natation française depuis Jean Boiteux en 1952. Elle ajoute l’argent sur 800 m et le bronze sur 100 m dos lors de ces mêmes Jeux. Sa carrière internationale totale compte 127 médailles, dont 86 en or.
Florent Manaudou : de Londres à Paris
En 2012, à 21 ans, Florent décroche l’or sur 50 m nage libre aux Jeux de Londres. Premier Français à s’imposer sur cette distance aux Jeux olympiques. Aux Jeux de Paris 2024, il porte le drapeau français lors de la cérémonie d’ouverture puis remporte le bronze sur 50 m nage libre, sous le regard de Laure qui commente l’épreuve depuis le studio de France Télévisions. Quatre olympiades consécutives avec une médaille individuelle, un exploit réalisé par seulement quatre nageurs dans le monde.
Nicolas Manaudou : l’architecte de l’ombre
Nicolas, l’aîné, a entraîné Laure entre septembre 2007 et janvier 2008, à une période où elle traversait l’une des crises les plus difficiles de sa carrière. Il a ensuite accompagné Florent lors de ses premières années de formation. Lors des Jeux de Paris 2024, Laure a rendu hommage à son frère aîné publiquement, soulignant son rôle dans les moments où l’un ou l’autre voulait abandonner.
Un record que personne n’avait réalisé avant eux
Laure et Florent Manaudou sont les premiers frère et sœur de toute l’histoire des Jeux olympiques à avoir chacun remporté une médaille d’or en natation. Un fait unique, qui n’avait encore jamais existé nulle part dans le monde.
Aujourd’hui : en tribunes, discrète, grand-mère
Olga Manaudou, née Schippers, n’a jamais accordé d’interview publique. Aucune déclaration dans la presse française, aucune présence sur les réseaux sociaux. Les agences photographiques la capturent parfois en tribunes lors des championnats de France de natation, aux côtés de ses enfants et petits-enfants.
Laure lui a donné trois petits-enfants : Manon Bousquet, née le 2 avril 2010, Lou Frérot, né le 18 juillet 2017, et Sacha Frérot, né le 9 janvier 2021.
Une femme venue de Rotterdam par amour, qui a renoncé à son sport faute d’un milieu qui lui ressemblait, et qui a transmis à ses quatre enfants quelque chose que ni l’argent ni les entraîneurs ne peuvent fabriquer : la certitude que le sport est une chose sérieuse, et que s’y consacrer pleinement mérite tous les sacrifices. Olga Schippers n’a jamais nagé dans un bassin olympique. Ses enfants, eux, n’ont fait que ça.

