En juin 2025, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Nâzim Boudjenah pour des menaces de mort proférées contre la députée Sandrine Rousseau et la militante Alice Coffin. C’était sa deuxième condamnation pour des faits de ce type en quatre ans. Entre les deux verdicts, la Comédie-Française l’avait maintenu salarié. Jusqu’à ce que le Parlement s’en mêle.
Sommaire
Formation : le CNSAD et la main de Patrice Chéreau
Né le 24 août 1972 à Paris de parents d’origine algérienne, Nâzim Boudjenah intègre le Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD), où il travaille dans les classes de Catherine Hiegel et Philippe Adrien. Il en sort en 1999.
Ce qui marque ses années de formation va au-delà des cours classiques. Patrice Chéreau — l’un des metteurs en scène les plus respectés de sa génération — le choisit personnellement pour Henry VI / Richard III (Fragments) en 1998, une production présentée au Festival d’Automne à Paris. Pour un étudiant encore au Conservatoire, c’est une entrée par la grande porte.
Une carrière bâtie sur dix ans de scènes nationales
Dans les années qui suivent, il travaille avec des figures majeures du théâtre français : Jean-Baptiste Sastre au Théâtre national de Chaillot, Christophe Perton au Théâtre de la Ville, Éric Vigner dans une tournée nationale de L’Illusion comique de Corneille.
La collaboration décisive s’engage en 2003 avec Olivier Py. Pendant plus de dix ans, les deux artistes travaillent ensemble sur une dizaine de productions : Le Soulier de satin de Claudel à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Les Vainqueurs au Festival d’Avignon, Jeanne d’Arc au bûcher au Festival d’Édimbourg.
En 2005, il fonde sa compagnie, Le Théâtre du Lion Vert, et monte à la Maison de la Poésie des textes de Rimbaud (Une saison en enfer, Les Illuminations) et de Claudel (La Cantate à trois voix). Une de ces productions est ensuite invitée au Théâtre du Vieux-Colombier, l’une des trois scènes de la Comédie-Française. La porte s’ouvre.
Le 1er janvier 2010, il rejoint la Comédie-Française en tant que pensionnaire. Il gardera ce statut pendant quinze ans, sans jamais accéder à celui de sociétaire — la position permanente qui fait d’un comédien un associé de l’institution.
Ses rôles à la Comédie-Française
Au cours de ses années au Français, il joue sur les trois scènes de la maison dans des répertoires allant du classique au contemporain :
| Production | Détail | Année |
|---|---|---|
| Antigone (Jean Anouilh) | Rôle : Hémon | 2012 |
| Cyrano de Bergerac (Rostand) | Dir. Denis Podalydès, Salle Richelieu | 2015 |
| Lucrèce Borgia (Victor Hugo) | Salle Richelieu | 2016 |
| Intérieur (Maeterlinck) | Mise en scène par Boudjenah, Studio-Théâtre | 2017 |
| La Résistible Ascension d’Arturo Ui (Brecht) | Dir. Katharina Thalbach | 2017 |
| La Vie de Galilée (Brecht) | Dir. Éric Ruf | 2019 |
Au cinéma et à la télévision, sa filmographie reste limitée mais comprend des projets remarqués : le rôle du jeune Pablo Picasso dans le téléfilm Monsieur Max de Gabriel Aghion (2007, diffusé sur Arte, aux côtés de Jean-Claude Brialy dans l’un de ses derniers rôles), puis deux films d’Antoine Barraud, Le Dos rouge (2014, sélectionné au Forum de la Berlinale) et Rouge (2015).
Première affaire : les menaces contre Marie Coquille-Chambel
Entre 2019 et 2020, Boudjenah profère des menaces de mort répétées contre son ancienne compagne, Marie Coquille-Chambel, chercheuse et critique de théâtre. Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire en juillet 2020. Une plainte distincte pour viol est également déposée pour des faits qui se seraient déroulés en 2020.
Le 30 juin 2021, le tribunal correctionnel de Paris le condamne à six mois d’emprisonnement avec sursis pour les menaces. Il est acquitté des violences aggravées, d’autres poursuites étant annulées pour imprécision des faits. La condamnation n’est pas inscrite à son casier judiciaire.
La Comédie-Française, informée de la situation, l’écarte des plateaux. Mais maintient son contrat.
En octobre 2021, Marie Coquille-Chambel lance le mouvement #MeTooThéâtre, affirmant publiquement avoir été violée par un comédien de la maison, toujours en poste malgré la plainte. La plainte pour viol, instruite séparément, n’a à ce jour donné lieu à aucun procès connu.
Deuxième affaire : Rousseau, Coffin et la fin à la Comédie-Française
En juillet 2024, Nâzim Boudjenah publie sur X (ex-Twitter) des messages ciblant la députée écologiste Sandrine Rousseau et la militante féministe Alice Coffin. Rousseau décrit des publications dans lesquelles il évoque de la plonger dans une « baignoire d’acide » et de lui « casser la tête sur le trottoir ». Ces faits sont commis en récidive légale, moins de cinq ans après sa première condamnation pour menaces de mort.
En septembre 2024, Rousseau dépose plainte.
Le 13 janvier 2025, lors de son audition devant la commission parlementaire sur les violences dans le secteur du spectacle vivant, elle rend l’affaire publique. L’administrateur général de la Comédie-Française, Éric Ruf, confirme sous la même commission que Boudjenah est toujours salarié. La révélation provoque une réaction immédiate.
- 15 janvier 2025 : la Comédie-Française convoque le comédien à un entretien préalable au licenciement
- Février 2025 : il est officiellement licencié, après quinze ans au sein de l’institution
- 6 juin 2025 : le tribunal correctionnel de Paris le condamne pour récidive à :
- Neuf mois d’emprisonnement avec sursis, sursis probatoire de deux ans
- Obligation de suivre un traitement psychologique
- Participation à un stage de lutte contre la haine en ligne
- Amende de 300 euros
- Interdiction totale de contact avec Sandrine Rousseau et Alice Coffin
Ce qu’il a dit à la barre
À l’audience, il reconnaît tous les faits sans réserve. Il déclare : « Je tiens à réitérer mes excuses auprès de Sandrine Rousseau, Alice Coffin, Marie-Coquille Chambel aussi. C’est une époque où j’étais perdu. » Il évoque une période de « détresse totale » durant laquelle il s’était retrouvé à la rue.
Sandrine Rousseau, appelée à témoigner, répond directement : « À quel moment on se dit que des menaces de viol et des menaces de meurtre, ce n’est pas si grave ? »
En mars 2026 : silence total
Depuis son licenciement et sa condamnation, l’acteur n’a annoncé aucun projet. Son nom n’apparaît plus dans aucun programme, aucune production, aucune annonce du milieu théâtral français.
Ce qui reste, c’est une question que l’affaire a posée à voix haute : comment une institution comme la Comédie-Française a-t-elle pu maintenir un salarié condamné pour menaces de mort pendant plusieurs années, sans que la direction n’en réponde publiquement avant d’y être contrainte par un débat parlementaire ? Dans le contexte du mouvement #MeTooThéâtre, la réponse à cette question continue d’être attendue.
Sources : Franceinfo, Scèneweb, Wikipédia (FR), Le Figaro / MSN, L’Officiel des Spectacles, IMDB, THEATREonline, AlloCiné, Comédie-Française officiel, BNF.

