Quand on porte le nom Brasseur en France, on porte aussi quatre générations de théâtre et de cinéma. Pierre, Claude, Alexandre : chacun a marqué son époque sur scène ou à l’écran. Louis Brasseur, fils d’Alexandre et petit-fils du regretté Claude Brasseur, a fait un choix radicalement différent. Il vit en Espagne. Il travaille dans la restauration. Et depuis la mort de son grand-père en décembre 2020, il n’est plus réapparu devant la presse.
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La famille Brasseur : quatre générations sur les scènes françaises
Pour saisir ce que représente le choix de Louis, il faut mesurer ce que cette famille incarne dans le paysage culturel français.
Pierre Brasseur (1905–1972) est l’un des acteurs les plus importants du cinéma classique français. Son rôle dans Les Enfants du Paradis (1945), réalisé par Marcel Carné, est encore cité comme une référence absolue. Jean-Paul Sartre lui écrira le rôle-titre de Kean en 1953. Pierre Brasseur est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Son fils Claude Brasseur (1936–2020) prolonge la lignée avec plus de 150 films et téléfilms sur six décennies. Double lauréat du César, il est reconnu du grand public notamment pour son rôle de père dans La Boum (1980) et La Boum 2 (1982) aux côtés de Sophie Marceau, et comme héros de la série Les Nouvelles Aventures de Vidocq. Son parrain : Ernest Hemingway. En dehors des plateaux, Claude était membre de l’équipe de France de bobsleigh dans les années 1960 et remporte le Paris-Dakar 1983 comme copilote de Jacky Ickx. Il décède le 22 décembre 2020 à Paris, à 84 ans. Il repose au Père-Lachaise, aux côtés de son père Pierre.
Alexandre Brasseur (né le 29 mars 1971) ne suit pas la voie classique du conservatoire : il se forme à l’école du cirque d’Annie Fratellini. Il débute à la télévision dans Maigret en 1991 et s’installe dans le paysage télévisuel français avec son rôle dans Demain nous appartient sur TF1 depuis 2017. En mai 2022, il publie Additionne ! aux Éditions Plon, dans lequel il retrace cette lignée familiale et la pression singulière qui accompagne un nom comme le sien.
« Fils de » : un poids qui se transmet
Dans Additionne !, Alexandre Brasseur décrit cette question de légitimité comme un sujet qui a traversé toute sa vie. Son père Claude ne l’avait jamais ouvertement encouragé à monter sur scène. Il l’expliquait dans Point de Vue : « Le métier est rude et il en avait conscience. Passer après son propre père, qui avait une personnalité exubérante, n’a pas été simple pour lui. »
C’est en 2001, après avoir remplacé en urgence un comédien dans la pièce Joyeuses Pâques avec Pierre Arditi, que Claude le prend dans ses bras en coulisses pour la première fois. Alexandre le cite encore aujourd’hui comme l’un des moments les plus forts de sa carrière.
Alexandre a une formule pour résumer sa position dans cette lignée : « Je préfère dire que je suis un enfant de la roulotte. » Il déteste l’expression « fils de ». Et pourtant, c’est précisément ce qu’il a été aux yeux du milieu pendant des années.
L’enfance de Louis Brasseur
Louis Brasseur naît vers l’an 2000 de l’union d’Alexandre avec Juliette Paquin, son amour de jeunesse rencontrée au lycée. Sa sœur Jeanne suit environ deux ans plus tard.
Leurs parents connaissent une première séparation quand les enfants sont encore en bas âge. Alexandre le racontait dans Gala : « À un moment, Juliette est partie. Je faisais énormément la fête, je ne rentrais plus à la maison. » Juliette avait ajouté : « Je ne pouvais pas offrir ce modèle de vie à mes petits. »
Le couple se retrouve, puis se sépare définitivement en 2017, après plus de trente ans ensemble. Entre-temps, les tournages d’Alexandre dans le Sud de la France l’éloignent souvent de ses enfants. Il le reconnaissait à Paris Match en 2019 :
« Malgré mes absences pour le travail, j’ai été très présent et très impliqué dans leur éducation. J’ai fait le job du mieux que j’ai pu. J’ai sans doute commis des erreurs, mais je suis très fier de les voir prendre leur envol. »
En Espagne, dans la restauration
C’est dans ce même entretien à Paris Match en 2019 qu’Alexandre Brasseur révèle que Louis, alors âgé d’une vingtaine d’années, vit déjà en Espagne. Six ans plus tard, dans Point de Vue en 2025, il confirme : « Mon fils Louis travaille dans la restauration à l’étranger. » Sans préciser la ville, ni s’il est en cuisine ou en salle.
Sa sœur Jeanne a elle aussi construit sa vie loin du monde du spectacle. Littéraire et passionnée de photographie, bilingue, elle est diplômée de l’université Concordia à Montréal. « Sa formation est solide », dit son père.
Quand la presse lui demande si l’absence de relève le déçoit, Alexandre Brasseur répond sans ambiguïté, dans Purepeople en août 2025 :
« S’ils sont heureux, ça me va. Tant pis pour ce que l’on appelle la dynastie. C’est du vent, tout ça. »
29 décembre 2020 : la seule apparition publique
La seule fois où Louis Brasseur a été photographié par la presse, c’est lors des obsèques de son grand-père Claude Brasseur, célébrées le 29 décembre 2020 en l’église Saint-Roch à Paris. Il se tenait aux côtés de son père Alexandre et de sa sœur Jeanne.
Depuis ce jour, aucune interview, aucun compte public identifié, aucune apparition médiatique.
Le titre du livre d’Alexandre, Additionne !, vient d’un conseil du metteur en scène Georges Wilson : cumuler, construire sur ce qui précède. Pierre a construit sur les planches. Claude a ajouté le cinéma et la télévision. Alexandre a ajouté la série et la mémoire familiale mise en mots. Louis Brasseur, petit-fils de Claude, n’a rien à additionner à cette scène-là. Il a ouvert une autre page, depuis l’Espagne.

