Lola Van Wagenen : bien plus que l’ex-femme de Robert Redford

Quand Robert Redford est décédé le 16 septembre 2025 à l’âge de 89 ans, les regards se sont immédiatement tournés vers sa vie, ses films, son héritage. Et inévitablement, vers la femme qui a partagé vingt-sept ans de cette vie : Lola Van Wagenen. Sauf que la plupart de ce qui a été écrit sur elle se résume à une phrase. Ex-femme de. Mère de. Première épouse de.

À 87 ans, Lola Van Wagenen mérite mieux que ça.



Qui est Lola Van Wagenen ?

Lola Van Wagenen est une historienne et militante américaine, née le 19 décembre 1938 à Provo, dans l’Utah. Elle est docteure en histoire américaine, co-fondatrice de deux organisations à but non lucratif, auteure d’un ouvrage académique de référence sur le suffrage féminin, et productrice exécutive de documentaires diffusés sur PBS et dans les festivals. Elle vit aujourd’hui au Vermont avec son second mari.

Ce parcours, elle l’a construit seule, en grande partie pendant et après son mariage avec l’un des acteurs les plus célèbres du monde.


Robert Redford et Lola Van Wagenen : une histoire qui commence à zéro

En 1957, Lola Van Wagenen suit des cours à l’Université Brigham Young à Provo. C’est à Los Angeles, la même année, qu’elle croise Robert Redford pour la première fois. Il n’est pas encore acteur. Il cherche encore sa voie.

Ils se marient une première fois le 9 août 1958, en secret, à Las Vegas. Une cérémonie formelle suit le 12 septembre 1958 à Provo. À ce moment, le couple dispose de 300 dollars en poche et doit emprunter une voiture pour rentrer chez eux, comme Redford l’a lui-même raconté au Telegraph en 2001.

Ils s’installent à New York. Redford s’inscrit au Pratt Institute pour étudier les arts et finit par découvrir sa passion pour le théâtre. Lola, elle, met ses propres études en pause pour élever leur famille.


Les épreuves, l’une après l’autre

La vie commune de Lola et Robert Redford est traversée par des pertes que le grand public n’a jamais vraiment mesurées.

Le 1er septembre 1959, leur premier enfant, Scott Anthony, naît à New York. Il décède le 19 novembre 1959, à deux mois et demi, d’un syndrome de mort subite du nourrisson. Il repose au cimetière de Provo City, en Utah. Redford parlera de cette perte des décennies plus tard, à Esquire, en 2017 :

« Nous n’avions que 21 et 20 ans. Nous démarrions à peine nos vies. Ce genre de chose ne disparaît jamais complètement. Ça ressurgit probablement d’une façon ou d’une autre sans qu’on s’en rende compte. »

En avril 1962, leur fils David James, dit Jamie, naît prématurément. Les médecins donnent à l’enfant entre 40 et 60 % de chances de survie. Ce que peu de sources mentionnent : Lola elle-même frôle la mort lors de cet accouchement. Jamie s’en sort après un mois critique. Cette expérience pousse Redford à abandonner le théâtre pour le cinéma, plus lucratif, afin d’assurer la sécurité financière de sa famille, selon les témoignages qu’il a livrés à son biographe Michael Feeney Callan.

Jamie Redford est mort en octobre 2020, à 58 ans, d’un cancer des voies biliaires, après deux transplantations hépatiques réalisées en 1993.

Shauna Redford, née en 1960, et Amy Redford, née en 1970, sont les deux filles survivantes de Lola et Robert.


Une militante qui n’a pas attendu les projecteurs

Pendant que Redford tournait des films à Hollywood, Lola Van Wagenen construisait un autre type de carrière, à New York, loin des caméras.

En 1970, sous le nom de Lola Redford, elle co-fonde Consumer Action Now (CAN), une organisation à but non lucratif dédiée à l’éducation des consommateurs sur les enjeux environnementaux. CAN milite directement pour l’adoption de deux lois fédérales américaines, toutes deux votées en 1976 : le Toxic Substances Control Act et le Resource Conservation and Recovery Act.

Les années suivantes sont tout aussi denses :

  • 1972 : elle organise l’Environmental Action Forum à New York, animé par Betty Furness, avec des intervenants issus des grandes organisations civiques et environnementales du pays.
  • 1975-1977 : elle développe le Sun Fund, un programme de sensibilisation aux énergies renouvelables qui aboutit à The Solar Film, nommé aux Oscars 1980 dans la catégorie meilleur court métrage documentaire.
  • 1978 : elle monte SunDay, trois jours de manifestations nationales télévisées à New York, inaugurés par une cérémonie devant le siège des Nations Unies. Parmi les intervenants : Margaret Mead, Pete Seeger et l’économiste environnemental Amory Lovins.
  • 1979 : le Pratt Institute lui remet un doctorat honorifique en sciences pour son engagement dans les énergies renouvelables.
  • 1979-1980 : en partenariat avec le Département américain de l’Énergie et le Département du Logement, elle publie plusieurs guides destinés aux femmes : Women’s Energy Handbook, Women Tapping a New Resource for Energy, Women’s Energy Toolkit.

Le parcours académique : recommencer à zéro après quarante ans

Dans les années 1980, alors que son mariage s’effrite silencieusement, Lola Van Wagenen reprend ses études. Entièrement. Du début.

DiplômeÉtablissementAnnée
Licence (B.A.)Vermont College1982
Master en histoire publiqueNew York University1984
Doctorat en histoire américaineNew York University1994

En 1991, avant même de terminer sa thèse, elle publie un article dans la revue académique Dialogue: A Journal of Mormon Thought (Vol. 24, n°4, hiver 1991, pp. 31-43), intitulé « In Their Own Behalf: The Politicization of Mormon Women and the 1870 Franchise ». L’argument central : les femmes mormones ont activement participé à l’obtention du droit de vote en Utah en 1870, soit cinquante ans avant le 19e amendement américain, et n’en étaient pas de simples bénéficiaires passives.

Sa thèse, publiée en 2003 sous le titre Sister-Wives and Suffragists: Polygamy and the Politics of Woman Suffrage 1870-1896 (BYU Studies), documente comment ces mêmes femmes ont constitué des pétitions réunissant plus de 25 000 signatures dès 1887 et ont noué des alliances avec des suffragistes nationales comme Susan B. Anthony pour défendre leurs droits face aux lois fédérales anti-polygamie.

En octobre 2012, NYU lui remet le Distinguished Alumni Achievement Award.


Productrice : de PBS au mariage homosexuel au Vermont

En 1995, après son doctorat, Lola Van Wagenen co-fonde avec l’historienne Jeanne Houck Clio Visualizing History, Inc., une organisation visant à rendre l’histoire américaine accessible via le multimédia. En 2003, Clio devient officiellement une organisation à but non lucratif.

Ses deux productions les plus connues :

Miss America: A Documentary Film (2002) diffusé sur PBS dans la série American Experience, financé par le National Endowment for the Humanities. Le film est présenté en avant-première au Festival de Sundance. Dans une rare interview accordée à Seven Days la même année, Lola confie : « J’ai essayé d’avoir une vie très privée. Être ici, à Sundance, avec ce film, c’est un peu étrange pour moi. »

The State of Marriage (2015), réalisé par Jeff Kaufman pour Floating World Pictures, retrace la bataille juridique menée par l’avocate Mary Bonauto pour faire reconnaître le mariage homosexuel au Vermont. Parmi les intervenants : le représentant John Lewis, l’ancien gouverneur Howard Dean, et le dramaturge Terrence McNally.


Le lien méconnu avec le Festival de Sundance

Un point que presque tous les articles ratent ou traitent avec une erreur factuelle.

Sterling Van Wagenen, souvent décrit à tort comme le « frère » de Lola, est en réalité son cousin, comme le confirment Wikipedia, le Salt Lake Tribune et le Deseret News. Il avait 10 ans quand Lola épouse Redford en 1958. C’est à travers les réunions de famille que Sterling rencontre Redford des années plus tard. En 1978, Sterling co-fonde l’Utah/U.S. Film Festival, ancêtre direct de Sundance. Redford le choisit ensuite comme premier directeur exécutif du Sundance Institute. Le Festival de Sundance doit donc une partie de ses origines au réseau familial que Lola Van Wagenen représentait.


Une nouvelle vie au Vermont

La séparation entre Lola et Redford ne fait jamais l’objet d’une annonce publique. En 1982, une chroniqueuse rapporte qu’ils sont « très séparés depuis plusieurs années ». La date de 1985 est généralement citée pour le divorce, mais Parade Magazine relevait encore en 1991 que la situation restait juridiquement floue.

Redford, dans une interview au Telegraph, résumera ainsi : « C’était mutuel et c’était la bonne décision. Nous gardons une grande affection l’un pour l’autre. Les enfants s’en sont bien sortis. »

En juillet 2002, Lola Van Wagenen épouse George Burrill, fondateur du cabinet de développement international ARD et consul honoraire de Nouvelle-Zélande au Vermont. En 2020, l’Auckland University of Technology leur remet à tous deux les Seddon Honorary Fellowships pour leur soutien aux programmes d’échanges universitaires entre la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.


2025-2026 : Redford disparaît, Lola reste silencieuse

Robert Redford décède le 16 septembre 2025 à son domicile de Sundance, entouré de ses proches. Aucune cause officielle de décès n’est communiquée. Sa famille demande la confidentialité.

Lola Van Wagenen ne publie aucune déclaration. Conformément à ce qu’elle a toujours fait.

En novembre 2025, sa fille Amy prend la parole dans The Hollywood Reporter pour dénoncer les faux hommages générés par intelligence artificielle : « Il y a eu de multiples versions de funérailles, d’hommages et de citations fabriquées au nom de membres de ma famille. Des représentations de mon père qui n’a clairement pas son mot à dire sont particulièrement difficiles à traverser en période de deuil. »

En janvier 2026, lors d’une interview sur NBC Today, Amy rend indirectement hommage à ce que ses deux parents lui ont transmis : « Ce qu’il a fait de mieux pour notre famille, c’est nous élever entre New York et les montagnes de Sundance. Il nous a appris le sens de la responsabilité envers le monde. »


Lola Van Wagenen a co-fondé deux organisations nationales, obtenu un doctorat à 56 ans, produit des documentaires primés, publié des travaux académiques cités dans des dizaines d’ouvrages sur l’histoire des femmes aux États-Unis, et traversé des deuils que peu de parents pourraient endurer. Elle l’a fait sans conférences de presse, sans compte Instagram, et sans jamais chercher à exister dans l’ombre ou à la lumière d’une célébrité. C’est une trajectoire qui se tient seule, et qui se lit bien mieux quand on arrête de la commencer par le nom de quelqu’un d’autre.

Audrey Huard
Audrey Huardhttps://lemagazinefrancais.fr/
Audrey Huard a fondé Le Magazine Français en février 2026 depuis Berlin, où elle suit de près l'actualité française depuis des années. Politique, people, célébrités, culture, sport — elle couvre tout ce qui fait parler la France, avec un œil extérieur qui fait toute la différence.

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