Le 10 août 2024, quelques minutes après la finale olympique perdue face aux États-Unis à l’Arena Bercy (87-98), Victor Wembanyama s’est effondré en larmes dans les bras d’une femme. Cette image a traversé toute la presse sportive française en quelques heures. La femme, c’était sa mère, Élodie de Fautereau, alors âgée de 52 ans. Ancienne joueuse de Nationale 1, titulaire d’un brevet d’entraîneur, elle vit et travaille toujours dans la même ville où elle a grandi : Le Chesnay, dans les Yvelines.
Son nom circule beaucoup depuis la Draft NBA 2023. Mais son parcours mérite qu’on s’y arrête sérieusement, au-delà du rôle de mère.
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Une joueuse de Nationale 1 féminine avec un bagage européen
Née le 12 août 1971 à Le Chesnay, Élodie de Fautereau mesure 1,91 m et a joué ailière forte pendant l’essentiel de sa carrière. Elle s’est formée au club local du Chesnay, puis à l’Entente Chesnay-Versailles, où elle a gravi les échelons jusqu’à atteindre la Nationale 1 féminine, le plus haut niveau du championnat féminin français de l’époque.
À la fin des années 1990, elle rejoint le club belge Mosa Jambes, qui l’engage pour participer à la Ronchetti Cup, la deuxième compétition européenne de clubs féminins à l’époque, juste derrière l’EuroLeague Women. La Ronchetti Cup a d’ailleurs cessé d’exister en 2002, remplacée par l’actuelle EuroCup Women.
Ronchetti Cup 1998-99 : ses statistiques officielles, match par match
Les six rencontres de la saison 1998-99 ont été disputées à l’automne 1998, entre septembre et novembre. C’est la base de données officielle de la FIBA qui conserve la trace de ses performances, sous le numéro 15 de Mosa Jambes. Mosa Jambes n’a pas dépassé le tour préliminaire de la compétition.
| Date | Phase | Min | Pts | % tirs | Reb | Int |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 16 sept. 1998 | Tour préliminaire additionnel | 29 | 16 | 57,1 % | 8 | 1 |
| 23 sept. 1998 | Tour préliminaire additionnel | 22 | 15 | 38,5 % | 6 | 3 |
| 7 oct. 1998 | Tour préliminaire | 26 | 12 | 62,5 % | 7 | 1 |
| 14 oct. 1998 | Tour préliminaire | 13 | 9 | 75,0 % | 4 | 0 |
| 4 nov. 1998 | Tour préliminaire | 19 | 7 | 37,5 % | 3 | 1 |
| 11 nov. 1998 | Tour préliminaire | 9 | 2 | 50,0 % | 0 | 1 |
Moyennes sur l’ensemble de la compétition :
- 10,2 points par match
- 4,7 rebonds par match
- 1,2 interception par match
- 51 % de réussite aux tirs (25 sur 49 tentatives)
- 61,1 % aux lancers francs (11 sur 18)
- Efficacité globale : 9,0
Un chiffre révèle son profil de joueuse mieux que n’importe quelle description : zéro tentative à trois points sur l’ensemble des six matchs. Ailière forte dans le sens traditionnel du terme, elle travaillait exclusivement dans la raquette. Ses 7 interceptions sur la compétition montrent aussi une vraie présence défensive.
Elle a terminé 197e meilleure marqueuse et 143e rebondeuse de la compétition. Pour une joueuse française issue d’un club non fédéral, atteindre le niveau européen à cette époque restait peu commun.
Trois générations de basketteurs : les racines de la famille de Fautereau
L’histoire du basket dans cette famille ne commence pas avec Élodie. Elle commence avec son père, Michel de Fautereau, natif de Saint-Léonard-de-Noblat en Haute-Vienne, lieutenant dans l’armée de l’air et pivot de 2 mètres.
Michel a joué au Paris Université Club (PUC) lors de trois saisons en Première division nationale :
| Saison | Moyenne |
|---|---|
| 1967-68 | 4,0 pts/match |
| 1969-70 | 5,5 pts/match |
| 1972-73 | 1,5 pts/match |
Le PUC était alors un club historique, champion de France en 1963, avec dans ses rangs des joueurs comme Michel Patrux, père de la journaliste Mary Patrux de beIN Sports. Michel de Fautereau a rencontré sa femme, Marie-Christine, lors de son service militaire à Salon-de-Provence. Elle jouait elle aussi au basket, et était également artiste peintre et mosaïste. Ensemble, ils ont transmis les deux passions à leurs enfants.
Les deux étaient régulièrement dans les tribunes du Palais des sports Marcel-Cerdan à Levallois lors de la saison 2022-23, pour voir leur petit-fils jouer avec les Metropolitans 92.
Victor porte d’ailleurs toujours ce nom de famille dans son état civil complet : Victor Nonga Wembanyama-de Fautereau-Vassel.
Entraîneuse à Le Chesnay : elle connaît son rôle
Après sa carrière de joueuse, Élodie de Fautereau a obtenu le BE1, le Brevet d’État de premier degré en basket-ball, et s’est tournée vers la formation des jeunes. Elle dirige depuis l’école de mini-basket de l’Entente Le Chesnay-Versailles 78, où elle encadre des enfants entre 4 et 10 ans.
Contrairement à ce que beaucoup supposent, elle n’a jamais entraîné Victor au niveau de la performance. C’est lui-même qui l’a expliqué lors d’une interview accordée à EuroLeague Basketball :
« Elle enseigne le basket à de très jeunes joueurs, entre 4 et 10 ans environ. Mais pour la performance, je ne me suis jamais entraîné avec elle. Ce n’est pas qu’elle ne voulait pas s’impliquer dans ma performance, mais elle connaît son rôle. Et elle sait qu’en tant que parent, parfois il vaut mieux s’effacer et ne pas trop s’impliquer dans le parcours de ses enfants. »
Cette distance choisie dit beaucoup. Elle avait les connaissances techniques pour intervenir. Elle a décidé de ne pas le faire. À son sujet, Victor a aussi confié au magazine SLAM en 2022 : « Elle est plus comme moi. On se ressemble, et elle est excentrique parfois. »
Ève, Victor, Oscar : les trois enfants de la famille Wembanyama
Les trois enfants d’Élodie et de son mari Félix Wembanyama, ancien athlète spécialiste du triple saut et du saut en longueur d’origine congolaise, jouent tous au basket à un niveau significatif.
- Ève Wembanyama : ailière d’environ 1,85 m. Elle a représenté la France lors du Championnat d’Europe FIBA U16 féminin en 2017 et lors des FIBA U20 Women’s European Challengers en 2021.
- Victor Wembanyama : né le 4 janvier 2004. Premier choix de la Draft NBA 2023 par les San Antonio Spurs. Élu Rookie de l’Année NBA 2024 à l’unanimité. Vice-champion olympique avec l’équipe de France à Paris en 2024.
- Oscar Wembanyama : né le 18 mars 2007. Mesure 2,03 m. A remporté le titre de France U15 avec Nanterre 92 en 2021, puis a rejoint les U18 de l’ASVEL. Il évolue actuellement au niveau U21 en France et est annoncé comme candidat sérieux à la Draft NBA 2026.
Janvier 2025 : Le Chesnay reçoit deux nouveaux terrains
Le 21 janvier 2025, les San Antonio Spurs ont inauguré deux terrains de basket extérieurs à Le Chesnay dans le cadre du programme « Play Paris ». Un terrain 5-contre-5 et un terrain 3-contre-3, co-conçus par Victor, avec un budget total d’environ 500 000 euros, financé à 80 % par la franchise NBA.
L’Associated Press, qui a couvert l’événement sur place, a décrit Élodie ainsi : « la mère de Wembanyama, 1,91 m, était une joueuse remarquable et est devenue entraîneuse. » Victor a déclaré lors de la cérémonie : « Ce terrain est pour vous, parce que c’était mon rêve d’avoir ce genre d’équipements ici quand j’étais enfant. »
Élodie de Fautereau n’a jamais cherché à être sous les feux des médias. Mais quand on retrace l’histoire sérieusement, de Michel de Fautereau au PUC dans les années 1960 à Oscar Wembanyama attendu à la Draft NBA 2026, c’est bien elle qui est au centre de cette transmission. Joueuse de Nationale 1, compétitrice européenne dans la Ronchetti Cup, entraîneuse de mini-basket depuis plus de vingt ans dans la même ville : son parcours existait bien avant que le nom de Wembanyama ne s’affiche en lettres géantes sur un écran à Brooklyn.

