Le 4 décembre 2024, Emmanuel Macron effectue une visite d’État en Arabie Saoudite. À AlUla, sur le site du premier patrimoine mondial UNESCO du Royaume, c’est Bethsabée Attali qui guide personnellement le président français à travers les tombeaux nabatéens de Hegra. Pour la commissaire d’exposition parisienne, ce moment dit beaucoup sur une décennie de travail entre art contemporain, mécénat solidaire et diplomatie culturelle internationale.
Sommaire
Qui est Bethsabée Attali ?
Née le 7 février 1986 à Paris, Bethsabée Attali est la fille de l’économiste et conseiller politique Jacques Attali et d’Élisabeth Allain. Son frère Jérémie est paysagiste.
Son père est l’une des figures intellectuelles les plus connues de France : conseiller spécial de François Mitterrand de 1981 à 1991, premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, auteur de plus de 80 ouvrages. Mais ce qui retient l’attention dans leur relation, c’est le sens de l’influence. Selon un portrait paru dans InfoJmoderne en octobre 2024, c’est Bethsabée qui a introduit son père à l’art contemporain, le faisant passer de Mark Rothko à Annette Messager. Le flux allait du plus jeune vers l’aîné.
Formation : entre gestion culturelle et histoire de l’art
Son parcours académique est construit avec précision :
- École du commerce de l’art et de l’action culturelle, Paris
- Master en art, Sotheby’s Institute of Art, Londres, obtenu entre 2012 et 2014
Cette double formation lui donne les outils pour travailler sur des terrains très différents : expositions institutionnelles, philanthopie artistique, programmation internationale. Elle n’arrive pas dans le milieu de l’art par hasard familial. Elle y entre par la formation.
2014 : le Palais de Tokyo et la collaboration avec Eva Jospin
En 2014, Bethsabée Attali est associée à l’exposition collective « Inside » au Palais de Tokyo, dont les commissaires officiels sont Jean de Loisy, Daria de Beauvais et Katell Jaffrès. C’est dans ce cadre qu’elle collabore avec la sculptrice Eva Jospin, connue pour ses forêts monumentales en carton. La relation professionnelle dure bien au-delà de l’exposition : elle suit le travail d’Eva Jospin sur le long terme et publie par la suite un texte sur son œuvre.
C’est aussi dans ces années-là qu’elle s’associe à la Fondation Art Explora, une fondation parisienne spécialisée dans la démocratisation de l’art contemporain, dont le comité de sélection des résidences comprend des commissaires de niveau international comme Hans Ulrich Obrist.
Thanks for Nothing : quand l’art contemporain prend position
En 2017, Bethsabée Attali cofonde le fonds de dotation Thanks for Nothing avec Marine Van Schoonbeek, Blanche de Lestrange, Anaïs de Senneville, Anne-Sarah Bénichou et Charlotte Von Stotzingen. La mission : mobiliser les acteurs du monde de l’art autour de projets à fort impact social.
Les projets, en chiffres et en faits
« We Dream Under The Same Sky » marque le coup d’envoi. Une semaine d’expositions au Palais de Tokyo suivie d’une vente aux enchères organisée par Christie’s dans la galerie d’Azzedine Alaïa. Au total : plus de deux millions d’euros collectés, intégralement redistribués à cinq associations d’aide aux réfugiés en France et en Europe.
« Art 19 – Box One » au Grand Palais rassemble des œuvres de Gerhard Richter, Ilya Kabakov et William Kentridge, au profit du programme réfugiés d’Amnesty International. L’exposition voyage ensuite au MAMCO de Genève et au DOX Centre de Prague.
« Le Pont des échanges » : plus de 450 000 visiteurs, 12 artistes contemporains, 5 associations partenaires. L’organisation collecte également plus de 35 000 livres, 3 500 instruments de musique et du matériel de beaux-arts, distribués à la Fondation Abbé Pierre, l’Atelier des artistes en exil et Bibliothèques Sans Frontières, entre autres.
En novembre 2020, la vente en ligne « Heaven » sur le site de Sotheby’s, avec le soutien du Palais de Tokyo, atteint 100 % des lots vendus pour 262 710 euros.
Thanks for Nothing remporte aussi l’appel à projets de la Ville de Paris pour la Façade Denfert dans le 14e arrondissement, ce qui aboutit à la création de La Collective, un centre d’art et de solidarité dans le quartier Saint-Vincent-de-Paul. Deux colloques Art et Engagement sont co-organisés avec le Musée du Louvre et Sciences Po.
Abu Dhabi : Head of Curatorial d’une biennale internationale
Bethsabée Attali rejoint Public Art Abu Dhabi comme Head of Curatorial. La première édition de la Biennale d’Art Public d’Abu Dhabi ouvre le 15 novembre 2024 et se tient jusqu’au 30 avril 2025 à Abu Dhabi et à Al Ain. Plus de 70 artistes internationaux participent à cet événement inaugural, qui transforme les espaces publics des deux villes en lieux d’exposition à ciel ouvert.
AlUla, Villa Hegra et le rôle dans la diplomatie culturelle franco-saoudienne
Lors de la visite d’État du 4 décembre 2024, Bethsabée Attali guide personnellement Emmanuel Macron à travers le site archéologique de Hegra à AlUla, en présence du prince Faisal bin Farhan, ministre des Affaires étrangères saoudien. Ce rôle de guide auprès du chef de l’État français témoigne de sa position dans l’écosystème culturel qui gravite autour de l’AFALULA, l’Agence française pour le développement d’AlUla.
Ce même jour, la Villa Hegra est constituée par décret royal. Fondée sur un accord intergouvernemental franco-saoudien dont les origines remontent à décembre 2021, cette institution est la première du genre sur le sol du Royaume. Inaugurée officiellement le 2 octobre 2025 en présence du prince Badr bin Farhan Al Saud, ministre saoudien de la Culture, Villa Hegra rejoint le réseau international des Villas culturelles françaises aux côtés de la Villa Médicis à Rome et de la Casa de Velázquez à Madrid. Sa programmation couvre les arts visuels, le design, les arts du spectacle, le cinéma et la recherche, avec un ancrage fort dans la communauté locale d’AlUla.
À 40 ans, la curatrice et commissaire d’exposition parisienne Bethsabée Attali est passée des galeries parisiennes aux espaces publics d’Abu Dhabi et aux déserts d’Arabie Saoudite, tout en restant ancrée dans des projets qui connectent l’art à des enjeux sociaux concrets. Un parcours construit à la pièce, sans ligne droite, mais avec une cohérence réelle.
Sources : Wikidata, IMDb, LinkedIn (Bethsabée Attali), SayWho, Thanks for Nothing (thanksfornothing.fr), AFALULA (afalula.com), Arab News, The Art Newspaper, InfoJmoderne, Wikipedia (Jacques Attali), Geneanet.

