Né en Belgique, grandi entre Bruxelles et Kinshasa, installé dans les Yvelines depuis des décennies, Félix Wembanyama est bien plus qu’un nom associé à la gloire de son fils. C’est l’histoire d’un homme qui a construit, dans l’ombre, les fondations d’une carrière NBA historique.
En septembre 2021, La Gazette de Saint-Quentin-en-Yvelines publie un article sur un dispositif municipal à Maurepas. Une mairie qui aide de jeunes adultes à financer leur permis de conduire via des chantiers éducatifs. La personne citée dans l’article, en tant que professionnel du terrain, s’appelle Félix Wembanyama. Il parle de jeunes qu’il suit depuis leur enfance, du sens de l’accompagnement, de la confiance. Rien, dans ce papier de presse locale, ne signale qu’il est le père d’un futur premier choix de la draft NBA.
À cette date, son fils Victor a 17 ans et joue pour les Metropolitans 92 en Pro A. Deux ans plus tard, il sera sélectionné en tête de la draft 2023 par les San Antonio Spurs, devant des millions de téléspectateurs dans le monde entier. Félix, lui, continuait d’aller travailler le matin à Maurepas.
Sommaire
Né à Bruxelles, des racines au cœur du Congo
Félix Wembanyama est né le 23 janvier 1973 à Etterbeek, une commune de la Région de Bruxelles-Capitale, en Belgique. Sa famille est originaire de la province du Sankuru, dans le nord de la République démocratique du Congo. Il grandit entre Bruxelles et Kinshasa avant de rejoindre définitivement la région parisienne.
C’est en France qu’il reconstruit sa vie. Après sa carrière sportive, il passe un BTS Action Commerciale au lycée Louis Bascan de Rambouillet, dans les Yvelines, puis se forme comme éducateur sportif et médiateur social. Le 10 février 2003, il obtient la nationalité française par naturalisation.
La taille exceptionnelle de Victor Wembanyama ne sort pas de nulle part. ESPN relevait en 2023 qu’un arrière-arrière-grand-père congolais du côté paternel dépassait les 2,13 mètres. Félix mesure environ 1,98 mètre. Sa femme Élodie de Fautereau, 1,91 mètre. Victor, à 2,24 mètres avec une envergure de 2,43 mètres, porte plusieurs générations de génétique sportive.
Spécialiste du triple saut, représentant de la RDC
Avant que son nom soit associé aux San Antonio Spurs, Félix Wembanyama a eu une carrière d’athlète de haut niveau. Il représentait la République démocratique du Congo dans les épreuves de saut, et a compilé des marques personnelles sérieuses :
- Triple saut : 15,56 mètres
- Saut en longueur : 7,41 mètres
- 100 mètres : 11 secondes
- Saut en hauteur : discipline également pratiquée en compétition
Ces performances restent loin du standard olympique au triple saut, qui tourne autour de 17 mètres. Félix n’a jamais participé aux Jeux olympiques. Mais ses résultats témoignent d’un sportif rigoureux, formé dans la compétition depuis l’adolescence. Il a également joué au basketball en amateur, sans jamais en faire une carrière.
Sa trajectoire sur les pistes s’arrête en 1998, lors d’un meeting à Reims, après une blessure au genou.
Vingt ans à la Boutique infos jeunes de Maurepas
Après sa reconversion, Félix s’oriente vers le secteur socio-éducatif. Depuis plus de vingt ans, il travaille à la mairie de Maurepas (Yvelines) comme informateur jeunesse à la Boutique infos jeunes (BIJ). Son travail quotidien : accompagner des jeunes de 11 à 25 ans sur des sujets d’orientation, d’emploi, de citoyenneté et de santé.
C’est ce professionnel que La Gazette de Saint-Quentin-en-Yvelines citait en 2021, non pas comme le père d’une star, mais comme un éducateur municipal évoquant des jeunes du quartier. Ce détail dit beaucoup sur l’homme : depuis la draft de Victor en juin 2023, il n’a pas changé de poste. Il a continué d’exercer ce métier, refusant la quasi-totalité des sollicitations médiatiques.
Il intervient également pour la Fondation Méquignon, où il anime des stages multisports associés à des ateliers d’aide aux devoirs pour des jeunes en difficulté. Son profil LinkedIn résume ses domaines de compétences : sport de haut niveau, éducation populaire, éducation spécialisée, médiation sociale.
Sa philosophie, rapportée par ceux qui le connaissent dans le milieu sportif : « D’abord construire la personne, ensuite l’athlète. »
Ce que Victor lui doit, en termes concrets
C’est sans doute la partie du portrait de Félix Wembanyama la plus solide, parce qu’elle est documentée par Victor lui-même dans plusieurs interviews indépendantes.
En 2022, lors du shooting pour la couverture du magazine américain SLAM, Victor jonglait avec trois ballons de basket simultanément. Quand le journaliste lui a demandé d’où venait cette habileté, il a répondu sans hésitation : « Mon père m’a appris ça quand j’avais 7 ans. »
Dans un entretien avec EuroLeague Basketball, il précise l’héritage biomécanique transmis sur les pistes d’athlétisme :
« Il y a une bonne façon de courir, et il m’a appris ce genre de choses. J’ai d’ailleurs fait partie d’une équipe d’athlétisme pendant environ un an quand j’avais 10 ou 11 ans. »
Sur l’approche analytique du sport, il ajoute :
« Papa m’a donné la passion d’approfondir les sujets et d’être un vrai technicien du sport, dans tout ce que je fais. »
ESPN, dans son long portrait pré-draft de mai 2023, décrit Félix comme « un ancien sauteur en longueur de compétition qui travaillait avec de jeunes athlètes et qui a appris à ses enfants les techniques correctes de course. » Les recruteurs NBA ont retrouvé exactement ça chez Victor : une foulée fluide, un placement défensif hors norme, une coordination physique que les joueurs de 2,24 mètres n’ont en principe pas.
Chez les Wembanyama, pas de trophées exposés dans le salon. L’humilité est une règle du foyer. L’exigence aussi.
Trois enfants, trois basketteurs professionnels
Félix est marié à Élodie de Fautereau, ancienne joueuse professionnelle de basketball en Nationale 1 et aujourd’hui entraîneuse pour les jeunes catégories. Ses parents à elle, Michel de Fautereau et Marie-Christine, ont tous deux joué au basket au plus haut niveau français dans les années 1960. Michel portait le maillot du Paris University Club en première division.
Leurs trois enfants ont tous choisi le basketball professionnel :
- Ève Wembanyama (née le 10 décembre 2001, 24 ans) : joueuse professionnelle à Monaco en LF2. Championne d’Europe U16 avec la France en 2017. Membre de l’équipe de France 3×3 depuis juillet 2023.
- Victor Wembanyama (né le 4 janvier 2004, 22 ans) : San Antonio Spurs, premier choix de la draft NBA 2023. En mars 2026, il mène une saison 2025-2026 qui confirme son statut de joueur générationnel.
- Oscar Wembanyama (né le 18 mars 2007, 18 ans) : évolue avec les Espoirs de la SIG Strasbourg. Sur les neuf premiers matchs de la saison 2025-2026, il affiche 8,9 points, 4,1 rebonds et 1,9 interceptions de moyenne, avec 52% aux tirs et 36% à trois points. Les observateurs américains le projettent dans la draft NBA 2026.
Oscar a exprimé sa propre vision dans une interview récente : « Je ne me sens pas dans l’ombre de mon frère. Mon but n’est pas d’être sa réplique, mais d’écrire ma propre histoire aussi belle que possible. »
Le 21 janvier 2025 à Le Chesnay : dans les tribunes, pas devant les caméras
Victor inaugurait ce jour-là deux nouveaux terrains de basket à Le Chesnay-Rocquencourt, sa ville natale. Le projet représentait 500 000 euros, financés à 80% par Spurs Give, la fondation des San Antonio Spurs. Victor avait lui-même dessiné les terrains, mêlant les couleurs des Spurs et l’horloge du Chesnay. Tony Parker, le DG des Spurs Brian Wright et le commentateur George Eddy étaient présents.
Félix Wembanyama était là aussi. Dans les tribunes.
Quelques jours plus tard, les Spurs disputaient deux matchs face aux Indiana Pacers à l’Accor Arena de Paris dans le cadre des NBA Paris Games 2025. Victor rentrait au pays pour la première fois depuis les Jeux olympiques de Paris 2024, où la France avait décroché l’argent face aux États-Unis.
Le 10 mars 2026, Victor Wembanyama inscrivait 39 points et 11 rebonds contre les Boston Celtics. Les Spurs affichaient un bilan de 48-17 en saison régulière. À San Antonio, on parle ouvertement de titre. À Maurepas, dans les Yvelines, son père est allé travailler le lendemain matin. Il avait un jeune à accompagner dans son projet professionnel. Ce qu’il a construit là-bas depuis vingt ans, il l’avait déjà pratiqué chez lui longtemps avant.
Sources : ESPN, SLAM Magazine, EuroLeague Basketball, La Gazette de Saint-Quentin-en-Yvelines, Wikipedia, AFP, NBA.com, CBS Sports / Associated Press, Jeune Afrique / Yann Ohnona (L’Équipe), Yahoo Sports, NBA Draft Room.

