Le 4 septembre 2025, au crématorium du Père-Lachaise, une femme de 80 ans quittait la cérémonie en silence, entourée de ses neveux. Son frère aîné Alain venait de mourir huit jours plus tôt. Jean-Paul, lui, était parti en septembre 2021. Muriel Belmondo est désormais la seule des trois enfants du sculpteur Paul Belmondo encore en vie. Elle a aujourd’hui 81 ans. Et elle n’a jamais accordé une seule interview.
Née le 6 janvier 1945 dans le 14e arrondissement de Paris, la sœur cadette de Jean-Paul Belmondo a construit une double carrière : d’abord comme danseuse classique formée à l’Opéra de Paris, puis comme actrice dans cinq films entre 1969 et 1992. Depuis, silence complet. Trente ans sans apparition publique en dehors des deuils familiaux, dans une famille qui n’a jamais cessé d’occuper la une des journaux.
Sommaire
Une maison où tout le monde était artiste
Pour comprendre qui est Muriel Belmondo, il faut commencer par les murs du 4 rue Victor-Considérant, dans le 14e arrondissement. C’est là que la famille Belmondo vit, de 1938 jusqu’à la mort du père.
Paul Belmondo (1898-1982), son père, est l’un des sculpteurs français les plus reconnus du siècle. Né à Alger dans une famille d’immigrés italiens, il remporte le Grand Prix artistique d’Algérie en 1932, puis le Grand Prix de la Ville de Paris en 1936. Professeur à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts à partir de 1956, membre de l’Institut de France dès 1960, ses bronzes Jeannette et Apollon sont exposés au jardin des Tuileries depuis 1988, offerts par ses trois enfants.
Madeleine Rainaud-Richard (1901-1997), sa mère, est peintre. Elle rencontre Paul lors de leurs études aux Beaux-Arts. C’est elle qui inscrit très tôt sa fille cadette à la danse classique.
De ce mariage naissent trois enfants :
- Alain Belmondo (1931-2025), directeur de production et producteur, artisan de films comme Le Professionnel, Borsalino et Indochine
- Jean-Paul Belmondo (1933-2021), acteur connu de tous sous le surnom de Bébel, avec 160 millions de spectateurs sur cinquante ans de carrière
- Muriel Belmondo (1945), la cadette, la plus discrète, et aujourd’hui la dernière
La danseuse formée à l’Opéra de Paris
Avant d’être actrice, Muriel Belmondo est danseuse. C’est là son identité réelle, celle qu’elle a construite pendant des décennies.
En février 1962, une photographie de l’agence Keystone la montre à 17 ans avec cette légende : elle fréquente le même cours de danse depuis dix ans. Elle s’est formée à l’Opéra de Paris, l’institution de référence du ballet classique français.
Le 19 décembre 1962, elle monte sur scène pour la première fois. Quelques jours plus tard, le 2 janvier 1963, elle apparaît sur la télévision nationale dans l’émission L’Invitation à la Danse, réalisée par Pierre Viallet. Elle y interprète le rôle principal de la Sérénade de Tchaïkovski, sur une chorégraphie signée Serge Lifar — directeur artistique de l’Opéra de Paris de 1930 à 1958, figure centrale du ballet français du XXe siècle. À 17 ans, tenir le rôle principal d’une émission nationale sous sa chorégraphie, c’est une distinction qui ne s’obtient pas par hasard.
À partir de 1972, elle rejoint le Ballet Théâtre Contemporain (BTC), premier centre chorégraphique national de France, fondé à Amiens en 1968 par Jean-Albert Cartier. Cette même année, la compagnie s’installe à Angers et réalise sa première tournée en Amérique du Nord. Muriel y danse jusqu’à la dissolution du BTC, absorbé par le Centre National de Danse Contemporaine en 1978.
Après sa carrière sur scène, elle se tourne vers la transmission : son profil LinkedIn la présente comme maître de ballet et professeur de danse.
Cinq films, presque toujours en famille
En parallèle de la danse, Muriel Belmondo apparaît au cinéma à cinq reprises entre 1969 et 1992. Ses rôles sont secondaires, mais le contexte familial dans lequel ils s’inscrivent est frappant.
Dieu a choisi Paris (1969), réalisé par Gilbert Prouteau et Philippe Arthuys : elle joue une infirmière dans ce film hybride mêlant scènes jouées et archives, où Jean-Paul Belmondo traverse cinquante ans de vie parisienne. C’est son tout premier rôle au cinéma, à 24 ans.
L’Alpagueur (1976), réalisé par Philippe Labro : elle incarne la première hôtesse de l’air dans ce polar où Jean-Paul joue un chasseur de primes solitaire aux prises avec Bruno Cremer. La direction de production est assurée par Alain Belmondo. Le film marque le début de la longue série de rôles d’action de Bébel.
Aïda (1977) : elle figure au générique en tant que danseuse soliste. Un rôle cohérent avec sa carrière au BTC, dans laquelle elle est encore pleinement active à cette époque.
Le Solitaire (1987), réalisé par Jacques Deray : elle joue la réceptionniste de l’hôtel. Le film est produit par la société Cerito Films de Jean-Paul, avec Alain Belmondo à la production. Une partie du tournage se déroule dans le 14e arrondissement, le quartier où la fratrie a grandi.
L’Inconnu dans la maison (1992), réalisé par Georges Lautner d’après un roman de Georges Simenon, avec une musique de Francis Lai : elle joue Laurence Rogissart, un personnage secondaire. C’est sa cinquième et dernière apparition à l’écran. Elle a 47 ans.
Trente ans sans interview ni déclaration publique
Sur sa vie personnelle, Muriel Belmondo n’a jamais rien dit. Aucun conjoint connu, aucun enfant confirmé dans les sources fiables, aucune prise de parole publique répertoriée depuis le début de sa carrière. Cette discrétion n’est pas récente. Elle est constante.
Ses rares apparitions documentées sont toutes familiales :
- 1988 : inauguration d’un lycée au nom de Jean-Paul, aux côtés de ses deux frères
- Mars 2007 : avec Jean-Paul et Alain, elle donne à la ville de Boulogne-Billancourt l’ensemble des œuvres de leur père, soit 259 sculptures, 444 médailles et près de 900 dessins. Le Musée Paul-Belmondo ouvre le 14 septembre 2010 dans le château Buchillot, pour une rénovation de plus de 2,7 millions d’euros
- Octobre 2017 : présente aux obsèques de Jean Rochefort à Paris
- Septembre 2021 : hommage national à Jean-Paul aux Invalides le 9, funérailles à Saint-Germain-des-Prés le 10
- 4 septembre 2025 : crémation d’Alain au Père-Lachaise, aux côtés de Paul Belmondo, de Stella et d’autres membres de la famille. C’est sa dernière apparition publique confirmée à ce jour
À 81 ans, seule héritière d’une génération
Alain Belmondo est mort le 27 août 2025 dans le 14e arrondissement de Paris, à 93 ans. Le même quartier où lui, Jean-Paul et Muriel avaient grandi ensemble. Jean-Paul avait disparu quatre ans plus tôt. Leur mère Madeleine en 1997. Leur père Paul en 1982.
Il reste Muriel.
La famille traverse aujourd’hui une crise successorale ouverte. Les filles de Jean-Paul, Florence et Stella, ont engagé une procédure judiciaire pour recel successoral contre leur demi-frère Paul Belmondo, autour d’un héritage estimé à plus de 100 millions d’euros. Muriel reste à l’écart de ces conflits publics, comme elle l’a toujours été à l’écart de tout ce qui fait du bruit.
Elle a débuté sur les planches à 17 ans sous la chorégraphie de Serge Lifar. Elle a dansé dans le premier centre chorégraphique national de France. Elle a tourné cinq films aux côtés de ses frères. Elle a co-signé le don du patrimoine sculptural de son père à la République. Et depuis 1992, elle vit hors champ, fidèle à une réserve que rien n’a jamais entamée.
À 81 ans, Muriel Belmondo porte seule ce qui reste de la première génération d’une des familles artistiques les plus marquantes de la France du XXe siècle.
Sources : IMDB, Wikidata, Wikipedia (Paul Belmondo sculpteur, Jean-Paul Belmondo, Le Solitaire, Alain Belmondo), archives Keystone USA / Alamy / Getty Images, Unifrance, AlloCiné, CNEWS, Purepeople, Encyclopédie Universalis, avis de décès officiels.

